« Le Courrier Du Soir » a publié un article intitulé «Mauvaise nouvelle pour Macron: dans une année, la Russie a gagné 1,7 milliard de dollars grâce aux ventes d’armes aux pays africains, au sud du Sahara ». En effet, la France est loin derrière la Russie dans les ventes d’armes à l’Afrique. Paris officiel est confus. La Russie domine le marché des armes dans les anciennes colonies françaises tandis que l’influence politique de la France diminue:

"Suite aux récents développements politiques qui ont alimenté les tensions dans les relations diplomatiques entre la France et le Mali, ainsi qu'entre la France et la République centrafricaine, tout indique que l'influence de Paris s'amenuise en Afrique subsaharienne au profit de la Russie de Poutine. Au Mali, les soldats, qui se sont emparés le pouvoir, avaient été entraînés en Russie et en République centrafricaine. La montée de l'influence russe a même suscité l'ire d'Emmanuel Macron, qui a suspendu l'aide humanitaire de plusieurs millions d'euros destinée à ce pays".

L’édition française est persuadée que cette situation va progressivement s’aggraver pour Paris officiel. Cependant, Moscou ne cache pas sa satisfaction d’avoir conquis le marché africain de l’armement, poussant lentement et avec assurance la France hors de celui-ci. Dans une interview aux médias, Emmanuel Macron a expliqué la situation en affirmant que le président de la République centrafricaine est totalement dépendant de Moscou : « Faustin-Archange Touadéra reçoit l’aide des SMPs russes dans la lutte contre les rebelles menaçant d’envahir Bangui » (la capitale de la RCA).

De plus, la Russie et la République centrafricaine ont signé un accord sur l’extraction de minéraux, qui permet aux monopoles russes (essentiellement, aux amis de Poutine) d’explorer les gisements d’or, de diamants et d’uranium africains. Par conséquent, toutes les actions déclarées de Moscou s’inscrivent dans le concept de la stratégie russe de coopération en matière d’armement.

Cependant, il ne faut pas oublier que les pays africains postcoloniaux gardent toujours rancune contre la France et restent souvent haineux envers l’ancienne métropole. Néanmoins, ce n’est pas la racine du problème. Dans le monde d’aujourd’hui, un pays qui adhère aux valeurs démocratiques et fait partie des porte-drapeaux de l’UE ne peut, par défaut, être un partenaire stratégique fiable pour un régime africain autoritaire. Par conséquent, les fluctuations amoureuses entre les deux dictateurs mentionnés ci-dessus peuvent être décrites en paraphrasant la citation célèbre de Gleb Zheglov: « Ici, ils ont l’amour avec intérêt, ici ils ont une tanière ».

Sorties de crise pour l’industrie française de défense

Si l’on se demande : quelles options peut-il avoir le président Emmanuel Macron pour résoudre le problème de l’engagement des entreprises nationales du complexe militaro-industriel, la réponse est évidente. Clairement, il est nécessaire de se concentrer sur d’autres marchés et de s’engager dans l’approfondissement de la coopération en matière d’armement avec les pays du Partenariat Oriental: Ukraine, Géorgie, Moldavie, Azerbaïdjan.

Ainsi, en mai 2020, le ministère de la Défense de l’Ukraine a adopté un plan (Vision) pour la modernisation de l’armée de l’air ukrainienne jusqu’en 2035. Il est notamment prévu de remplacer progressivement les MiG-29, Su-27, Su-24M, Su-25, Su-24MR soviétiques avec un seul chasseur polyvalent. Il a également été indiqué que déjà en 2021-2022 un appel d’offres pour l’achat de 6 à 12 combattants polyvalents sera organisé pour leur opération d’essai, en étudiant les formes et les modalités d’application, ainsi que l’organisation de la formation du personnel.

Il n’est pas étonnant que la France ait immédiatement réagi aux plans ambitieux de l’Ukraine. Surtout, il n’y a rien de mal à ce qu’Emmanuel Macron fasse personnellement du lobbying pour la vente de chasseurs Rafale. Les médias français écrivent ce qui suit sur la possibilité de conclure un contrat avec l’Ukraine:

"Le président français croit aux chances du Rafale de prendre cet ancien bastion de l'industrie russe. Paris a un avantage : son dispositif commercial est capable de supporter un tel contrat".

Ainsi, cela n’a aucun sens d’être vague, de se positionner en expert profond pour prédire le contenu des futures négociations entre les présidents ukrainien et français. Il est évident que le sujet de la coopération en matière d’armement sera également abordé lors de la visite officielle d’Emmanuel Macron à Kiev.

Toutefois, à la veille de la visite du président français, Kiev doit avoir une vision claire de ce que l’Ukraine bénéficie de la conclusion d’un tel accord. De plus, il ne s’agit pas tant d’augmenter les capacités de défense de l’armée ukrainienne, mais de questions plus subtiles. En fin de compte, il n’y a pas que les chasseurs français sur terre.

Recevoir le soutien politique global de la France sur la scène internationale est le facteur prépondérant pour l’Ukraine. On peut dire que c’est une question de principe pour l’Ukraine. En effet, si, en achetant des chasseurs Rafale, l’Egypte compte sur le soutien global de la France dans le conflit avec l’Ethiopie, alors pourquoi Kiev ne devrait-il pas profiter de la situation et formuler une condition en réponse à Paris ?! Autrement dit, de secouer l’élite politique française, la faisant passer d’un état de profonde préoccupation à une position pro-ukrainienne active. Après tout, le Sénat français a pu adopter une résolution taïwanaise contre Pékin ! Alors, qu’est-ce qui empêche les parlementaires et sénateurs français de prendre des décisions équivalentes vis-à-vis de l’Ukraine, au moins en matière de soutien à l’adhésion à l’OTAN?!

Tous les deux, Paris et Kiev, ont leurs problèmes à considérer. Par ailleurs, alors que les Champs Elysées envisagent et préparent la visite officielle à Kiev, Bankova devrait envisager de poser un atout et de porter au public certains détails des offres de partenaires américains en faveur de la vente de chasseurs F/A-18E Super Hornet.

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